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l'écume des souvenirs • pv voile-du-jour

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MessageSujet: l'écume des souvenirs • pv voile-du-jour   Ven 27 Avr - 0:56

 
Au-dehors, Shashem s’est endormie.

Elle a fermé les yeux pour la première fois depuis que le djinn a écrasé sa conscience. Il s’est senti soudain oppressé, comme enfermé de nouveau dans cette obscurité qui s’est imposée à lui. Quelque chose d’amer a noué ses entrailles fantomatiques. La puissance de l’émotion lui rappelle ce jour où, doucement, il s’est laissé tirer, morceau par morceau, dans ce collier de rubis. Quand il l’a retrouvé, dans le coffre tout au fond de sa roulotte, Shashem a soufflé du nez, un demi-sourire étirant ses lèvres fines. Que de richesses pour un si petit Merid ; il ne mérite aucune d’entre elles.

Alors, de nouveau, Onde-Nuit s’en est allé dans cette prison qu’il ne connaît que trop bien. Aux tréfonds de ses propres eaux, inoffensives et spectrales. Il reprend cette place qu’il connaît par cœur, au sommet de la plus haute tour – prince factice d’un royaume vide. Il s’assied en tailleur ; ses paupières viennent cacher ses orbites. Et, de ses lèvres pâles, s’échappent deux syllabes :

« Shashem. »

C’est un souffle, une respiration. Ses cheveux s’élèvent sur son crâne. Le sol tremble un peu. Et voilà que de multiples courants filandreux portent le mot aux confins de la demeure astrale. Il veille à ce qu’aucune parcelle ne soit épargnée. C’est un murmure, une élégie. Le vide abyssal s’emplit du nom de celle qu’il cherche. Mais l’écho ne trouve pas de réponse. Il n’y a que le vide. Le silence infini, dérangé par la voix multipliée d’un djinn plurimillénaire.

Un soupir profond calme les courants. Les épaules du djinn s’affaissent. Sa tête s’abaisse, dévoilant une nuque livide sous le col sombre. Il déglutit. Il aurait dû s’y attendre – quelque part, il l’avait prévu. Pourtant, l’abandon ne lui semble pas être une option. Peut-être qu’il s’y prend mal. Et la perspective de le crisper tout entier. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas sain.

Ce n’est pas lui.

Il rouvre les yeux et bascule la tête en arrière. Et, non loin dans sa demeure, une faille se crée. Une petite fenêtre, minuscule, fissure diaphane d’où s’évapore une douce lumière astrale. Il invite. Maintenant que ses frères et sœurs sont éveillés, il se prend à avoir besoin de l’un d’eux. Des siècles sans elles, sans eux… Il en viendrait presque à regretter les crises de Sang-de-Braise, à demander que sa colère l’incendie de nouveau – pour enfin le sortir de sa torpeur humide. Les colères des uns, les rires des autres. La façon dont ils ont vécu, libres, puissants, hégémoniques – insouciants. Il lui faut quelqu’un pour lui rappeler tout cela. N’importe qui ferait l’affaire. N’importe qui…

Et il ne se serait jamais attendu à ce que ce soit elle.

L’Ifrit drapée d’or, dont les cheveux justifient le nom. Petite flamme au milieu du brasier. La sœur un peu marginale des djinns du feu. Celle dont le nom se confronte au sien, malgré eux. Sa gorge se dénoue, et dans un sourire, il dit :

« Je te salue, Voile-du-Jour. Que le soleil puisse réchauffer tes pas. »


C’est la première qu’il salue de nouveau de cette façon. La première fois qu’ils se rencontrent vraiment, aussi. Cela l’émeut quelque peu, bien qu’il n’en montre rien. Un petit rire secoue ses épaules.

« Après des siècles, nos vieilles coutumes refont surface avec nous. Est-ce vraiment une bonne idée ?, ajoute-t-il. Nous avons tous changé, je crois… »

Son regard sombre croise celui, plus humain, de Voile-du-Jour. Et, d’une main hospitalière, l’invite à s’asseoir auprès de lui.


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MessageSujet: Re: l'écume des souvenirs • pv voile-du-jour   Mer 9 Mai - 14:24

 
Dans la pénombre de la ruelle, Voile-du-Jour se demande qui se trouve dans le petit corps reptilien endormi devant elle. Elle le sent qui s'agite faiblement, derrière toutes les barrières qui le retiennent dans cette enveloppe humaine ; l'esprit. Hésitante, elle avance la main et la pose sur le front de l'enfant, qui marmonne et remue doucement. Et, après une profonde inspiration, elle se jette à l'eau.

C'est une descente sans fin à travers la conscience du djinn ; autour d'elle, des volutes de l'esprit de l'enfant s'élèvent, floues, indistinctes, avant d'être effacées par la lumière qui se trouve loin, très loin au dessous d'elle. Et, alors qu'elle tombe, plus vite, toujours plus vite, elle se demande une fois de plus qui se trouve au bout du chemin : un ifrit, peut-être ? Ou bien quelque chose d'autre ? Des noms se succèdent comme autant de vestiges d'un passé incertain. En réalité, cela n'a aucune importance : aucun d'entre eux, d'entre elles, ne l'appréciait vraiment. Avec appréhension, elle ferme les yeux alors qu'elle plonge dans la lumière, qui l'accueille et l'enserre...

« Je te salue, Voile-du-Jour. Que le soleil puisse réchauffer tes pas. »

... Elle ne s'attendait pas à Lui. Le Juge. L'Impartial. Le Passif. Onde-Nuit. Autour de lui s'étend l'infinité de sa demeure de Rien ; des abysses insondables, partout, qui soulèvent les étoffes de ses robes et les font danser autour d'elle ; Voile-du-Jour n'aime pas ça. Lui semble s'en moquer. Assis devant elle, il se met à rire ; de faibles échos se répandent à travers l'eau noire.

« Après des siècles, nos vieilles coutumes refont surface avec nous. Est-ce vraiment une bonne idée ?, ajoute-t-il. Nous avons tous changé, je crois… »

« Puisse les étoiles guider ton chemin, Onde-Nuit. Et, non. Je ne change pas. Jamais. » répond-elle dans un murmure. Elle goûte les mots alors qu'elle les prononce ; les premières syllabes à sortir de sa gorge depuis des centaines, des milliers d'années. Et, alors que son interlocuteur l'invite à s'asseoir à ses côtés, elle ajoute, sans bouger : « Mais cela fait longtemps, certes. »

Elle marque un temps, durant lequel un chapelet de bulles passe près de son visage et le caresse. Onde-Nuit la met mal à l'aise. Elle le connaissait peu, avant - elle ne connaissait personne. Pourquoi se montrer si accueillant ? L'orgueil la pousse à questionner son interlocuteur :

« Tu m'as laissé entrer ici, Onde-Nuit ; pourquoi ? »

Mieux vaut faire les choses dans l'ordre ; après tout, dans la Demeure du djinn, elle dispose de tout le temps du monde : dehors, les humains n'ont même pas eu le temps de remarquer son absence ; ils mettront des semaines à s'en apercevoir. D'ici là, elle sera revenue. Même si la perspective d'une longue discussion ne lui plaît pas, autant profiter de la compagnie pour soutirer au Merid ce qu'il sait...

Tout ce qu'il sait.


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MessageSujet: Re: l'écume des souvenirs • pv voile-du-jour   Mer 9 Mai - 23:56

 
Elle est belle, Voile-du-Jour, avec tous ces drapés qui ondoient autour d’elle comme tant de nageoires translucides. Elle est toute en pétales fragiles, Voile-du-Jour, et pourtant rien en elle ne trahit quelque faiblesse. Délicate, des bijoux bourgeonnant dans les cheveux et autour des poignets. Combien de mortels ont succombé devant ses traits ambivalents ? Elle a dû en attirer plus d’un, Voile-du-Jour – sans doute avant de les réduire en cendres de son souffle incandescent. Elle est peut-être comme ces poissons des profondeurs : de ceux qui attirent leurs proies en leur faisant miroiter la lumière – avant de les avaler dans leur obscurité.

Elle est terrible, Voile-du-Jour, à contredire ainsi la Nuit – le crépuscule n’est pas aussi revêche, d’habitude. Ses mots sont lapidaires comme sa présence dorée tranche l’eau nocturne. Elle ne daigne même pas s’asseoir à côté de lui – craint-elle de froisser ses jupons sur la rocaille ? Le Merid en est tout troublé. En général, ceux qui viennent sont plus arrangeants. Ceux qui viennent cherchent quelque chose. Elle semble avoir déjà tout trouvé. Elle semble avoir plongé par hasard. L’Ifrit n’est qu’un passage dans son domaine – comme tous les autres djinns.

Mais le premier depuis mille ans.
Cela vaudrait la peine d’en faire quelque chose d’inoubliable, n’est-ce pas ?

« Je ne change pas. Jamais. »

Onde-Nuit se redresse un peu, son regard indéchiffrable auscultant son invitée. C’est vrai. Du peu qu’il a vu d’elle, Voile-du-Jour n’a pas changé. De ses frères et sœurs, elle siège parmi les plus lucides. Ceux dont l’esprit n’a pas flanché devant les siècles d’emprisonnement. Ou peut-être pas… Il se contente de hocher la tête, les lèvres cousues en un sourire énigmatique.

« Autrefois, j’avais l’habitude de laisser ma porte ouverte,
avance-t-il. Je ne t’ai pas laissée entrer, toi. Cela aurait pu être quelqu’un d’autre. »

Il croise les mains, les yeux toujours rivés sur sa compagne. C’est un peu vrai : jadis, il ne s’est jamais soucié de la nature de ceux qui venaient le chercher. D’aucuns lui ont déjà reproché de désacraliser sa demeure astrale, cadeau du Père Fauve. Et c’est un peu faux, aussi : il avait aussi besoin de compagnie. La solitude ne l’avait jamais choqué, quand il était à moitié somnolent ; maintenant qu’il est accompagné, elle le heurte de plein fouet.

Il ne cesse de contempler sa sœur de flammes. En bonne Ifrit qu’elle est, Voile-du-Jour devrait s’irriter – son frère aux cheveux blonds s’enflammerait pour moins que ça. Mais Onde-Nuit ne s’attarde pas sur le bien-être ; il se soucie de la justice. Il s’accroche encore à cette légitimité factice, réduite en lambeaux il y a bien longtemps. Pathétique.

« Mais je pourrais te demander pourquoi tu es venue. », sourit-il.

Et tandis que le Merid se penche en avant, vers elle, des volutes sombres s’échappent de son corps astral. Il aurait pu la forcer à s’approcher – un courant léger aurait suffi. Mais il serait malvenu de contraindre qui que ce soit ici. Et se contente d’insister :

« Quoi qu’il en soit, tu es mon invitée, aujourd’hui. Et je ne pense pas que mon hospitalité ait pris une ride. Je t’en prie, fais comme chez toi. »

D’un geste, il fait s’élever des nuages noirs de la roche ; bientôt, ils se distordent pour former un fauteuil. Sombre, vaporeux, mais assez confortable pour un être immatériel. Pourvu qu’elle s’y asseye – ainsi ils pourront converser.


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MessageSujet: Re: l'écume des souvenirs • pv voile-du-jour   Jeu 17 Mai - 16:10

 
Dans la semi-pénombre du palais du Merid, Voile-du-Jour résiste à l'envie de créer de la lumière, juste assez pour chasser une partie des ténèbres. Elles l'entourent, l'enserrent dans leurs anneaux ; qui sait ce qui se cache dans les profondeurs de l'esprit d'Onde-Nuit ? Rien, sans aucun doute. Il n'y a rien derrière les yeux sombres de l'Impartial, piètre caricature d'humain ; Voile-du-Jour le devine, le sent dans les tréfonds de son inconscient. Toujours souriant ; toujours insondable. Sans y penser, elle s'empare d'un rayon de lumière venu de la Perle. Elle le cache dans sa main, le sent caresser l'intérieur de sa paume. Et puis il se débat, pousse à travers les doigts fermés. L'Ifrit commande au feu ; la lumière d'Onde-Nuit n'en est pas. Et elle n'est pas chez elle. Impassible, elle laisse le fragment de lumière se fragmenter, se dissoudre dans l'eau glaciale ; quelque part, elle espère que son compagnon n'a pas remarqué ce qui vient de se passer. Elle ne le quitte pas des yeux. Ne dit rien. Et il répond.

« Autrefois, j’avais l’habitude de laisser ma porte ouverte. Je ne t’ai pas laissée entrer, toi. Cela aurait pu être quelqu'un d’autre. »

Bien sûr. Tout le monde connaissait le Merid, à l'époque. Tout le monde venait le voir, ou presque. Mais après tout ce temps ? Peut-être a-t-il raison. Peut-être veut-il quelque chose d'elle, tout djinn qu'il est. Alors qu'elle réfléchit, son interlocuteur semble s'impatienter et ajoute d'un air amusé :

« Mais je pourrais te demander pourquoi tu es venue. »

Et il insiste de nouveau pour qu'elle vienne s'asseoir près de lui, allant jusqu'à créer un siège. Elle s'y assied de mauvaise grâce, rechignant toutefois à le toucher réellement.

« Parce que tu étais là. Je partirai quand je saurai ce que je veux. »

Marquant une courte pause, elle reprend :

« L'enfant. Qui est-ce ? »

Avant l'Emprisonnement, Voile-du-Jour n'aimait pas la rhétorique. Elle ne l'aime toujours pas. Trop de mots.


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MessageSujet: Re: l'écume des souvenirs • pv voile-du-jour   

 
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