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Sous le soleil de midi { libre

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Aimé du Soleil

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MessageSujet: Sous le soleil de midi { libre   Mer 11 Avr - 22:12

 
Ses claquettes faites de manière artisanale résonnaient contre le sol de Dumue. Sa peau semblait s'habituer au fur et à mesure à la chaleur nouvelle du Soleil, au bruit des artisans et des marchands qui hélaient les passants tandis qu'il traversait les étals d'un quelconque marché, à tout et rien, même à la bêtise des humains qui ne faisait que devenir plus flagrante du jour au lendemain.

Il avait passé trois jours enfermé dans la cave. À la personne qui était sa mère, il avait prétexté une grosse fièvre, quelque chose d'atroce qui le forçait à rester seul. Celui qui s'était appelé Lamy, qui s'appelait toujours ainsi pour la plupart de ses proches, était resté prostré dans un endroit relativement clos pendant deux jours et deux nuits. Il avait barré la porte, empêchant tout étranger d'entrer et de le voir dans cet état.

Il n'y avait pas la moindre fenêtre révélant la beauté de l'astre solaire, mais si on avait fait attention, on aurait pu voir une étrange lumière se découper dans le pas de la porte. Comme une lampe à huile qu'on aurait oublié d'éteindre pendant deux jours et deux nuits.

Lamy n'avait pas été malade. Il n'avait pas souffert d'un mal étrange appelé grippe, ou même maladie d'amour, comme le pensèrent peut-être ses preuves. Non, Terre-Brûlée, car c'était son nom, désormais, était la proie de sentiments violents, mais pourtant habituels chez lui. Passèrent, chacun leur tour la haine, la rage et le désarrois. Il tenta de matérialiser sa colère pour faire brûler cet endroit mais, une nouvelle fois, il ne réussit qu'à émettre une lumière qui n'éclaira que lui.

La situation était critique. Faute de pouvoir, il cassa deux vases, une assiette ramenée par sa mère au pied de la porte pour calmer la faim qui lui cramponnait le ventre. La deuxième nuit achevée, il semblait commencer à retrouver ses esprits. Il s'arma alors pour affronter sa nouvelle vie de pied ferme et, une fois prêt, il poussa la porte.

Il ne savait pas vers où il avançait. Ce marché était immense, incroyable. Chaque mètre lui révélait les nouvelles splendeurs que ce monde avait à offrir. En même temps, ses sens était alerte, guettant tout signe qui pouvaient venir de l'extérieur. Tout signal lui prouvant qu'il n'était pas le seul Ifrit, ou Djinn, dans les environs.

Tout ce dont il était conscient, c'était qu'il devrait vite trouver un moyen d'apaiser la colère qui rampait dans son cœur, ou elle causerait sa perte. Il allait également devoir jouer un rôle pour ne pas que celle qui était sa mère ne s'aperçoive de la vérité.

Terre-Brûlée s'accroupit devant un stand de statuettes : elles étaient belles, seulement parce qu'elles représentaient certains de ses congénères. Avec un sourire, il lui sembla en reconnaître quelques uns, ou d'autres qui avaient franchement été ratés. Aucun Ifrit dans le lot, évidemment, il aurait été bien trop risqué d'en fâcher. Terre-Brûlée se releva doucement et fit un mouvement positif de la tête au vendeur, lui témoignant son approbation.

Il s'éloigna ensuite du stand, presque paisiblement.



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Endort les flammes

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MessageSujet: Re: Sous le soleil de midi { libre   Lun 23 Avr - 19:32

 
L’astre solaire est à son firmament dans l’azur et enveloppe dans sa chaleur tout Ascadian. Les rayons bénissent tous les enfants des sables, de leurs peaux assombries, habituées à être bercés par la lumière ardente de l’étoile. Ce n’est malheureusement pas le cas de cette étrange créature mortelle à la peau pâle qui se hisse à travers la foule rassemblée dans le marché de Dumue.

Dans les ruelles légèrement ensablées, les cheveux ivoiriens attirent des regards indiscrets, curieux. Sa démarche est douce, quoi que légèrement saccadée par moment, elle semble gênée par quelque chose.

Première bousculade, elle trésaille légèrement, plissant les yeux. Les yeux céruléens d’une pureté rarement vue se posent sur le responsable, un homme d’une quarantaine d’année qui daigne la regarder. Elle sourit légèrement, repositionnant la bretelle de sa robe, échappée sur sa peau lors de la collision. Chaque geste est précis et gracieux, une aura majestueuse émane d’elle, ce qui oblige l’homme à s’excuser. La jeune femme sourit d’avantage et tourne les talons pour reprendre la route. Aussitôt l’homme hors de son champ de vision, le visage agréable et souriant devient froid et hostile. Je le brûlerai quand tout sera fini,  pense-t-il en reprenant son chemin. Cela ne dure qu’une seconde mais le regard azur si doux est devenu vide et cruel.

Attention, Sang-de-Braise, ta vraie nature ressort.
La servante du prêtre Alim est arrivée au marché avec une mission simple, rapporter quelques épices pour le temple et au passage, acheter quelques tissus pour ses talismans.

Pour Sang-de-Braise, c’est un affront d’accomplir de telles besognes. L’on imagine toute la colère réprimée en lui face à Alim, quand ce dernier lui demanda, plus tôt dans la matinée, d’effectuer cette tâche. L’ifrit n’est pas stupide et réussit à se contenir jusqu’à se retrouver seul dans la minuscule pièce qui lui sert de chambre. Il cassa un vase ou deux, et accusa la maladresse de la jeune servante.  C’est difficile de cacher une rage millénaire. Lui qui n’accepte même pas le fait d’avoir été enfermé, le voilà contraint de jouer au lâche, de masquer sa véritable nature d’immortel. Il est fier mais pas stupide et pour le moment, il lui faut être prudent. Il est… faible.

A cette pensée, le poing de la belle femme se serre. Si fort, que les ongles marquent la paume de sa main et l’a fait légèrement sursauter.
Tu n’es pas habitué, Sang-de-Braise. A ressentir la douleur. A ressentir comme un humain. Cela fait seulement une semaine depuis ton éveil.

Il s’était déjà transformé en être humain. En serpent. En beaucoup de choses. Mais il s’empêchait souvent de franchir les limites et devenir trop humain. Jamais il ne s’était abaissé à cela, même pour s’amuser à leur dépend. Il gardait toujours une supériorité magique.
Il ressent tout. La douleur. La peur. La chaleur. L’amour.

Fjern, de son nom qui sonne comme l’appel d’une contrée lointaine et inconnue, s’arrête devant un bazar dédié aux épices. L’ifrit incarné plisse les yeux désormais bleu et hoche la tête vers le marchand. Le problème, c’est qu’il n’y connait presque rien en matière de cuisine mortelle. Il ne sait même pas ce que veut faire le prêtre avec des épices, en réalité. Et cette imbécile de servante ne va rien faire, elle est toujours inconsciente, perdue dans les songes entre les royaumes. Sang-de-Braise ne sait pas où elle est et il s’en fiche royalement. Son problème est bien plus grave, puisqu’il est devant le marchand, incapable de choisir. Le vieil homme hausse un sourcil devant le silence de Fjern. Il se baisse, plonge ses deux mains dans un sac en toile et sort de la poudre rouge d’entre les paumes de sa main, les présentant à sa cliente un peu perdue.

« — Vous êtes la servante du prêtre Alim, n’est-ce pas ? On ne peut pas oublier un tel visage ! Tenez, sentez-moi cette merveille ! »

Sang-de-Braise hésite un instant, affichant un faux sourire. Qu’il est dégouttant, cet humain. Mais le masque doit rester en place alors il approche le nez en trompette de la jeune femme et sent le parfum de l’épice. C’est tout simplement horrible pour ses narines. Il a envie de gifler ce gueux pour lui avoir fait un tel affront.

« — C’est un parfum… surprenant, c’est certain, monsieur Alim sera satisfait, dit-elle avec une voix amusée. Comme d'habitude, les mots de Fjern sont teintés d'un pays lointain, reconnaissable entre mile dans le désert. Elle est l'une des rare avec cet accent, de ce que Sang-de-Braise sait. Le sourire est tellement forcé qu’on remarque les rides tremblantes sur la joue de la servante. La main pâle pose brusquement quelques pièces de cuivres sur l’étale du commerçant. Sang-de-Braise ne sait pas vraiment ce qu’il propose, ou la valeur des épices pour les humains. C’est comme un réflexe, une réminiscence de l’ancienne propriétaire qui refait surface. L’homme sourit.  

« — Allons, je vous l’offre ! dit-il en replaçant les Kivr dans la main de Fjern, dites au prêtre Alim que c’est un cadeau de l’humble Medh et de prier pour moi et ma modeste affaire auprès du Grand Shaaz, »  conclut-il en tendant un sac en toile, plutôt imposant, rempli de cette épice qui traumatise encore l’odorat de l'ifrit. Lors de la transaction, la main de l’homme s’attarde sur la peau immaculée de la servante.
« Et c’est toujours un plaisir d’entendre votre douce voix, votre accent est un délice pour mes oreilles. »
Sang-de-Braise hausse un sourcil. Fjern semble connaître cet homme alors peut-être que le dégoût qu'il lui inspire n'est pas simplement du fait de l'ifrit.

Le clin d’œil du marchand est de trop. Elle retire sa main, attrape le sac à deux mains et s’éloigne péniblement de l’échoppe en remerciant brièvement l’homme.

Je rectifie, lui, il va brûler en premier, songe-t-il en traînant le sac sur le sol. Qu’elle est faible, cette servante. Pour couronner le tout, la chaleur fait perler des gouttes de sueur sur le front de l'humaine, obligeant l'esprit astrale à essuyer d'un geste furtif et brusque la peau, à chaque mètre passé. Brisant la grâce naturelle de la femme, Sang-de-Braise avance dans une démarche peu féminine, les jambes écartées à chaque pas, soulevant le sac par son ouverture. La ruelle dans laquelle elle vient de s’engager n’est pas bondée, heureusement pour lui. Il est énervé. Très énervé. Tout serait déjà cendres depuis longtemps, avant.
Maintenant, il n’est que l’ombre de ce qu’il était.

Sortant difficilement de la ruelle ensablée pour rejoindre une route moins instable, Fjern laisse dans son sillage les marques des sandales tissées et du sac traçant une ligne - ayant décidé quelques secondes plus tôt de traîner les épices à terre. Un rayon aveugle les pupilles céruléennes de la douce aux cheveux d'ivoires pendant un court instant, la stoppant net. Insupportable, cette chaleur. La tenue blanche, légère et aérée qu’elle porte ne l’aide en rien.

Deuxième bousculade, elle ne remarque pas l’individu alors qu’elle soulève le sac devant elle, dans un effort considérable, se demandant si elle allait survivre jusqu'au temple. Dans un sens, cela arrangerait l'esprit des étoiles que le corps succombe face au soleil, qu'il puisse s'échapper de cette prison. Mais n'ayant pas de réponses aux questions quant à sa condition, il préfère ne prendre aucun risque. Cela serait dommage qu'il disparaisse si l'humaine meurt.

Sachant qu'elle a cogné quelque chose, ou quelqu'un, avec le sac, Fjern s'arrête quelques secondes et soupire.
Ah oui, il faut être serviable, douce et surtout... humaine.

« — Oh, je suis maladroite, je suis désolée. » dit Fjern en reposant le sac, simulant un semblant de remord dans sa voix délicate, pour finalement constater qu’elle vient de bousculer un jeune garçon, un enfant.
La mine faussement désolée se dissipe légèrement alors que l’ifrit remarque cette aura.
« Je suis vraiment maladroite… » répète-t-elle, comme un écho un peu perdu, murmuré, alors qu’elle se baisse pour aider l’enfant, lui tendant une main bienveillante. Sang-de-Braise réalise peu à peu qu’il n’est pas seul, finalement. Il est intrigué. Mais il ne peut se permettre de réagir au milieu d’une foule qui s’agrandit, même si le petit accident à comme dessiné une ligne invisible, les séparant de la populace qui continue d’avancer en les contournant.

hrp:
 


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Aimé du Soleil

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MessageSujet: Re: Sous le soleil de midi { libre   Mar 24 Avr - 21:51

 
Il était sur le point de partir du marché et, d'ailleurs, s'était déjà éloigné de quelques mètres d'un humain particulièrement braillard qui lui avait soudainement envie donné l'envie de s'éclairer d'une lumière surnaturelle. Le travail sur lui était difficile, surtout qu'il était dans un corps qu'il ne maîtrisait pas du tout : trop petit, trop curieux, trop agile, trop d'affinités avec cet élément étranger qu'était l'eau. Terre-Brûlée était donc en train d'essayer de prendre en compte tous ces éléments lorsqu'on le fit tomber sur le sol.

Ce qui en découla fut une surprise totale : l'aura qui appartenait à un autre être que lui, il l'avait immédiatement reconnue et ses poils s'étaient dressés comme une bête sauvage. Ce qui l'avait étonné, qui était différent dans sa vie, c'était le choc. Ses mains, qu'il avait projetées en avant pour se protéger, furent abîmées par le sol et lorsqu'il les releva, il vit un sang rouge qu'il n'avait pas vu sur sa peau depuis longtemps. Sa bouche s'ouvrit, grande, étonnée. Ce qu'il comprit, très vite aussi, c'était que tous les deux, Êtres d'un autre âge, ils ne pourraient pas rester ici au milieu de tous ces humains et parler de sujets qui les dépasser. Alors, la main tendue, il l'attrapa et s'en empara littéralement, commençant un sprint vers un abri qui les empêcheraient de voir la lumière surnaturelle qu'il ne saurait tarder à émettre, il le sentait, il le sentait. Hors d'haleine, il sentait que l'humain avait l'habitude de courir, mais que c'était différent. Chacun de ses muscles travaillait, il suait, il en aurait pleuré. Par Shaaz, pourquoi devait-il subir un calvaire pareil ?

Finalement, il avisa pour une espèce de grange juste à côté qui devait abriter trois poules et du foin. Il avait claqué la porte derrière eux et s'était mis à gueuler comme un cinglé, faisant éclater la lumière qui surgissait de tous les pores de sa peau.

Il ne se rendit pas compte que, beaucoup toute sa course sauvage, il n'avait pas le moins du monde réfléchit au pourquoi du comment : et si ce djinn était un ennemi ? Il n'avait pas eu un comportement très exemplaire avant d'être enfermé, il avait obéi à un chef autoritaire et en avait même ressenti du plaisir. Et si cette enveloppe était là pour le punir plus sévèrement encore ? Encore luminescent, il jeta un coup d’œil vers l'être qu'il avait, jusqu'à présent, très peu observé. Une femme à la peau blanche, un peu rondouillarde. Sa peau ne semblait pas aussi tannée que celle de son humain, mais quelque chose lui disait qu'originellement, ils pourraient tous deux venir du même coin.

Terre-Brûlée reprit son souffle.

« T'es qui ? Toi-aussi, t'as un truc aussi chiant, putain ? Tu fous quoi dans le corps de cette nana, et de quoi tu te souviens ? J'en peux plus, c'est un nain, j'étais beaucoup plus grand avant ! »

Il reprit son souffle, se rendant compte qu'il était complètement essoufflé.

« Je suis Terre-Brûlée. Et toi ? »


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Endort les flammes

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MessageSujet: Re: Sous le soleil de midi { libre   Lun 30 Avr - 20:44

 
Tu n'es pas seul.
Un sentiment étrange l’envahit alors que Sang-de-Braise observe cette lumière scintillante, reposante et presque réconfortante qui virevolte autour du jeune garçon. Il n’est pas seul. Sentimental, il ne l’est pas mais pourtant, il n’est pas seul. Il ne pensait pas ressentir de telles choses à la simple vue d’une autre âme astrale des dunes. Ce soulagement qui naît dans sa poitrine, aujourd’hui sculptée de forme féminine, le fait trembler.

Il n’est pas seul.

L’éveil de l’ifrit à la langue bifide est peut-être trop récent car il ne souvient pas du nom originel de l’âme d’en face. Quelle étrange sensation. L’aura est muette et ne murmure aucun noms aux oreilles astrales. Dépité par une faiblesse qu’il cherche à cacher depuis le jour de sa libération, il préfère attendre avant de lui parler ouvertement.

Les yeux céruléens sont figés sur le garçon et Fjern semble paralysée, main tendue. Comme si le temps s’était arrêté pour eux, alors que les humains continuaient leurs chemins autour. L’ifrit aux pupilles carmines est prit au dépourvu alors que le jeune garçon agrippe les doigts de la coquille charnelle aux cheveux blancs, pour l’attirer brusquement vers une petite grange qui semble sur le point de s’effondrer. Dans la précipitation, la jeune servante perd une sandale, le sac tombe à terre et se déverse de son contenu sur le chemin de pierre. La femme tatouée d’une marque bleue sur le visage tire férocement sur le bras du petit homme pour se libérer et entre doucement dans le grenier en bois. Elle se retourne lorsqu’elle entend la porte se refermer dans un bruit fort. Sur le point d’ouvrir ses lèvres pour cracher sa colère, après tout, Sang-de-Braise ne compte pas se laisser promener en balade docilement par un autre esprit sans rien dire, le garçon s’illumine.

Dans un hurlement glacial, presque hystérique, sa peau se met à briller comme l’astre solaire. Tentant désespéramment d’épargner la vue de la mortelle, Fjern cache ses pupilles claires derrière ses pâles mains, fermant ses paupières. La lumière se glisse à travers les planches de la grange, fort heureusement, le moment est bref, ce qui n’attire aucun curieux.

Sang-de-Braise se demande qui peut être cet ifrit dont il ne reconnait aucunement la lueur spirituelle. Et ce pouvoir ? Quelle chose stupide, il va très certainement se faire rapidement tuer, ou pire, enfermer. Il décide très vite que la chose la plus naturelle à faire, c’est d’éviter de rester à ses côtés. Il ne pourra jamais rester discret et regagner ses pouvoirs avec une lumière solaire de poche qui le tourmente. Tout cela le conforte dans l’idée que la solitude, c’est le meilleur moyen de survivre. Pourtant, il repense à cette sensation éphémère qui l’avait gagnée quelques minutes auparavant. Ce soulagement interdit de savoir qu’il n’était plus seul.

La créatrice de talismans ouvre à nouveau les yeux, constatant que le petit humain semble terriblement fatigué et essoufflé.
D’une manière plutôt imprudente et irritable pour les oreilles précieuses de l’ifrit, le garçon incarné le martèle de questions puis lui offre son nom en guise de salutations. Terre-Brulée, les runes de son nom se dessinent dans l’esprit de Sang-de-Braise. Il le voit clairement, de son corps d’ébène aux colères réputées aussi destructrices que les siennes.

Il ne le connaissait pas spécialement. La réputation prévaut beaucoup dans le monde astral. Tous les djinns se côtoient un jour ou l’autre mais Sang-de-Braise ne donnait jamais de son précieux temps aux autres. Seulement quelques privilégiés - à ses yeux - avaient le potentiel de lui faire perdre quelques heures de son immortelle vie astrale. Le visage toujours très innocent de Fjern, toujours plus ou moins surprise de ce qu’il s’est passé, se mue en quelque chose de très hautain. Le menton est levé, l’échine droite et les mains se croisent gracieusement au nombril dissimulé sous un tissu noble.

Le masque est levé, sachant pertinemment qu’il s’adresse à un autre ifrit, aussi détestable que lui. La voix s’élève, toujours saupoudré d’un accent doux, contrastant étonnement avec le ton sévère.

« — T’es-tu cogné la tête en t’éveillant dans ce corps chétif, Terre-Brulée ? Quelle est cette façon terriblement humaine de s’introduire et de me saluer, moi, Sang-de-Braise ? »

Le dégoût se lit clairement sur le visage de la femme venue des terres lointaines. Vexé qu'un djinn lui demande son nom, s'adressant à lui avec un tel irrespect. Mile questions voyagent dans l’esprit tourmenté du djinn.

Elle s’avance d’un pas et le sourire n’est qu’à moitié caché lorsque Sang-de-Braise s’aperçoit de la différence de taille entre les deux êtres humains. Même si c’est le corps d’un enfant contre celui d’une adulte, cela faisait une très longue semaine depuis l’éveil au temple, qu’il n’avait pas ressenti cette satisfaction. Cette caresse à son ego, trop piétiné ces derniers temps.

« — J’imagine que c’est une façon plutôt habile de dissimuler ta vraie nature mais fais attention à ne pas devenir comme eux, ça serait… déplaisant. » dit-elle en toisant du regard Terre-Brulée. Une certaine tension, une froideur, est apparue à la fin des paroles de l'ifrit. Comme une menace à peine dissimulée.

Espère-t-il réellement faire la causette avec Sang-de-Braise ? Les questions sont toutes soigneusement sans réponses. Pourtant, que l’orgueilleux djinn veule le reconnaître ou non, ils semblent tous deux dans le même pétrin et partager des informations pourrait les aider. Sang-de-Braise n'aime pas l'entraide, c'est un fait.

« — Et cette...lumière ? Si tu espères tomber une nouvelle fois entre les mains ridées de ces stupides chamans, je te prie de ne pas m’y mêler. » finit-elle, hautaine au possible. Un chacun pour soi égoïste qu'il revendique, pour le moment. La tête de la servante s’oriente à gauche puis à droite, s’assurant de l’isolement de l’endroit. Même si tout cela est très précaire, cela semble plus ou moins sûr.

Elle tend la main une nouvelle fois vers l’enfant. La bienveillance en moins, puisque c'est Sang-de-Braise, le cruel, qui s'affiche sans honte.

« — Tu me dois une sandale et un sac d’épices, d’ailleurs. Cette… enveloppe humaine est déjà suffisamment énervante comme cela, je n’ai pas besoin qu’on me mette des bâtons dans les roues,  conclut-elle en dépoussiérant la robe blanche et en essuyant les perles d’eau qui dévalent la tempe du visage pâle d’un geste las...
« Ces mortels qui doivent s’occuper de ces choses matérielles, crache-t-elle d’un ton agacé, en observant son pied nu, les orteils qui bougent sur la paille, c’est vraiment insupportable. »

Alors que les pupilles azures parcourent le garçon, elles tombent sur les mains abîmées. Une simple tâche rouge se niche au creux de l'une d'entre elles. Le sourcil de la belle servante se lève et cette envie délicate naît dans le cœur ombragé de Sang-de-Braise. Cette inquiétude si humaine et naïve. Pour la première fois depuis son éveil, il ressent presque l'âme inconsciente de son enveloppe.


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Aimé du Soleil

Aimé du Soleil


MessageSujet: Re: Sous le soleil de midi { libre   Dim 20 Mai - 21:38

 
Terre-Brûlée s'était calmé quelques secondes, assez pour que la lumière qui sortait de sa peau diminue de quelques pouces. Son souffle se fit plus lent tandis qu'il observait l'être qui lui faisait face. Pour la première fois depuis qu'il s'était retrouvé pris au piège de son corps, il eut un soupçon d'espoir. Il se dit qu'il allait faire front et, malgré son caractère très solitaire et sujet à des crises matinales, tout allait bien se passer.

Evidemment, c'était sans compter sur l'autre. Sang-de-Braise. Il avait entendu parler de cet Ifrit comme de tous ses frères et, franchement, le voir habiter le corps d'une humaine qui était plus grande que lui ne lui plaisait pas du tout. Ses yeux d'humain dévisageaient cette fille qui devait être jolie au naturel mais qui, avec cet air de supériorité devenait immonde et complètement malsaine. Terre-Brûlée eut un rictus, reculant d'un pas, sans doute pour prendre son élan et utiliser ce corps si maladroit, si petit, si jeune, contre cet adversaire inattendu.

Sang-de-Braise lui disait des choses si ignobles. Chaque pores de sa peau s'était d'ailleurs mis à luire, luciole dans cette grange pour l'instant déserte. Terre-Brûlée était furieux. En tant que Djinn, il aurait probablement déclenché des dévastes pour ce simple affront, causant par ce biais des milliers de morts.

« J'ai pas besoin de ton aide. »

Son regard sur sa main, sur ce sang qui coulait goutte à goutte sur la paille, lui donnait fortement la nausée. Terre-Brûlée grimaça, dégoûté d'avoir voulu faire confiance, ne serait-ce qu'une seconde, à ce faux-frère trop fier pour servir d'allié.

Même brillant, même en position de faiblesse, il avait sa fierté. Il tomberait entre les mains des chamanes, peut-être, et franchement, Sang-de-Braise ne pourrait que regretter de l'avoir humilié de la sorte lorsque ce jour serait venu.

« Qui es-tu pour me donner des ordres de la sorte, Sang-de-Braise ? Je ne crois pas être ton sous-fifre, ni toi le mien. Ne prends-tu pas ce peau humaine terriblement au sérieux, donc ? Accordes-toi un peu trop d'importance à cette enveloppe, malgré ce que tu dis ? »

Il allait la frapper. Il allait la faire saigner et lui montrer qu'il n'était pas être le seul qui pouvait être blessé. Sang-de-Braise détestait sa condition humaine, c'était ce qu'il avait perçu, non ? C'était comme si devenir un humain était une punition, pour lui – enfin, ça, il le comprenait. Il n'avait jamais autant ressenti l'envie de se gratter, de crier à cause d'un coup de soleil ou l'horreur que lui faisait ressentir l'eau, ce qui était un comble puisqu'il avait cru comprendre que le métier de son enveloppe était pêcheur.

Il se rapprocha encore de quelques pas de l'autre Ifrit. Il allait devoir manœuvrer sans pouvoirs, puisque c'en était ainsi. En tout cas, ils auraient tort de le sous-estimer parce qu'il était un gamin à peine pubère.

Le coup partit, comme souvent, très vite. Le poing de Terre-Brûlée s'élança à toute vitesse vers le visage de Sang-de-Braise, à défaut de pouvoir utiliser ses pouvoirs pour causer la fin du monde.

Le poing s'arrêta à quelques millimètres du nez de son « ennemie ».

« Q-quoi ? »


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